Des critiques inexactes de l'astrologie.
par Didier Fleury

 

L'astrologie est critiquée aujourd'hui peut-être plus que jamais. La D.C.A. scientifique dirige ses feux vers elle dans l'espoir de la réduire en cendre, mais elle en sort toujours plus présente, toujours plus forte ! On se demande pourquoi une vieille "croyance" a autant la vie dure ! Les armes les mieux aiguisées traversent le fantôme sans le toucher. Honte à l'inculture, disent les scientifiques, de la plupart des gens prêts à croire de faciles balivernes, au mieux appelées "mythologie", au pire "mensonges", plutôt que de réfléchir dignement comme un être humain de l'âge scientifique. Honte aussi aux astrologues, nous disent-ils, qui exploitent la crédulité de la masse. Les mots sont dits : "crédulité", "croyance", "mythologie", "exploitation". Allez donc faire confiance aux astrologues après cela ! Le tableau est peint avec un contraste trop peu nuancé pour faire vrai. Une "masse" ignorante d'un côté, et des manipulateurs de l'autre appelés des astrologues ! Et ces derniers d'accuser les scientifiques de "terroristes de la pensée unique".

Toute rencontre entre l'astrologie et l'astronomie est le terrain d'un jeu de pouvoir. Deux têtes d'une même Hydre ne s'entendent plus, et prétendent ne plus faire partie du même corps. Et c'est vrai. Astrologie et astronomie ont un discours différent, et n'ont ni les mêmes outils ni les mêmes visées. La différence est si radicale, mais si mal comprise, qu'on peut encore s'étonner de voir les scientifiques cultiver un refus catégorique de l'astrologie au nom de la science, bien que ce refus ne fasse pas forcément l'unanimité parmi eux. Certains écrivent des livres entiers pour réfuter des balivernes astrologiques ! Cela fait songer à un certain abbé dont Voltaire s'amuse, qui écrivit 12 volumes sur le griffon afin de prouver qu'il n'existe pas ! Mais notre propos ici sera seulement de montrer que la critique des scientifiques biaisent le propos de l'astrologie tant par une méconnaissance de la vraie pensée astrologique que par une défiguration de ses outils conceptuels.

L'astronome, quand il parle d'astrologie, entre dans un terrain qu'il ne connaît pas et commet un abus de compétence territoriale en pensant que les bases astronomiques de l'astrologie lui en donne la licence. Mais aveugle en astrologie, il pourfend ses propres fantômes, ses résidus inconscients pré-scientifiques (notre astronome, 2000 ans plus tôt, eût peut-être été astrologue !), et ne lutte finalement que pour la suprématie de son entendement objectif, quoiqu'il puisse s'imaginer. D'où l'étalage d'arguments contre la science d'Uranie tous plus contestables les uns que les autres. L'astrologie présentée comme une résurgence d'anciennes croyances, mal chassées par la science, est un leurre dont se servent - et sincèrement - ses opposants pour la rabaisser au niveau de l'horoscopie médiatique et en faire une chose vide aisément pourfendable.

Nous choisirons quelques arguments dans un texte de Christian Nitschelm & Raslan Leguet : "L'astrologie au crible de la science", et dans un texte de"François Biraud & Philippe Zarka appelé : "Sur l'astrologie : réflexions de deux astronomes". Les arguments des astronomes contre l'astrologie sont si prolifiques que l'on ne sait quelle fleur cueillir la première. Commençons par la définition de l'astrologie selon les articles que nous mettons en cause : Nos auteurs commencent leur article par une définition des "fausses sciences", englobant naturellement l'astrologie. Doctrines de caractère ésotérique dépourvues d'une quelconque valeur scientifique, assimilables à des croyances ou à des impostures et basées sur des affirmations indémontrables et non vérifiables issues le plus souvent du domaine de l'irrationnel. Les adeptes de ces pseudo-sciences essayent de les faire passer, souvent avec virulence, pour des sciences à part entière. (Christian Nitschelm & Raslan Leguet). Définition ou volée de bois vert sadique ? On s'étonne de voir s'aligner autant de préjugés dans cette définition de la part d'un scientifique. Que la partialité s'énonce déjà dans une définition, voilà qui est inattendu de ceux qui professent l'objectivité. Sans doute eût-il fallu critiquer en partant d'une définition honnêtement dite, procurée par un spécialiste de l'ésotérisme ou de l'astrologie - pourquoi pas - plutôt que de cette évidente dépréciation personnelle.

En revanche, la définition de la science troussée par nos auteurs est un tapis rouge débouchant sur un parterre de fleurs où l'on vit dans une chaleur éclairée ! Voyez plutôt : Science : Ensemble de connaissances et d'études d'une valeur universelle, caractérisées par un objet et par une méthode déterminée et fondées sur des relations objectives contrôlables, ainsi que sur des observations et des expériences répétitives vérifiables. (Christian Nitschelm & Raslan Leguet). On applaudirait. Les syllabes se font douces, le sytle est net, même apaisant. Un peu de stylistique fait toujours mieux passer les idées ! La méthode employée consiste à dévaloriser ses adversaires et à mettre, avant toute argumentation intelligente, les esprits de son côté. Qui ne répugnerait pas en effet à s'intéresser à l'astrologie énoncée dans une telle définition !

La vraie question qui se pose est celle du préjugé scientifique, sur ce qui ne relève pas de la compétence de la science à proprement parler, et qui attribue à tout ce qui ne semble pas une "démarche scientifique" les adjectifs abusifs de "faux", "séduisant", "trompeur", "irrationnel", "mystique". Ce qui est mystique et irrationnel (par rapport à qui ou à quoi ?) doit être banni, à en croire les auteurs, de l'être humain raccourci en vision dont nos deux scientifiques aimeraient sans doute peupler la terre. Il s'agit là d'enfantillages qui n'existent qu'à cause de l'amalgame entre astrologie et horoscopes amusants à grand tirage. dont les détracteurs qui nous occupent se font les champions. La confrontation entre astrologie et anti-astrologie n'est nullement une question de bataille entre rationalité et irrationnel comme on veut le faire croire. C'est la rencontre difficile et passionnée de deux formes différentes de cohérence et de réflexion.

L'art de certains scientifiques s'occupant de juger l'astrologie consiste à la présenter comme un champ de bataille incohérent, empli d'affrontements et de désaccords. Souvent, les détracteurs de l'astrologie assurent que des découvertes, d'ailleurs pas forcément récentes, (par exemple les planètes Uranus, Neptune et Pluton) rendent nécessairement caduque le système astrologique. Cela seul montre une totale igorance du mode d'intégration des savoirs astronomiques dans l'astrologie. Il semble qu'à côté de "l'incohérence astrologique", les conceptions modernes et scientifiques du cosmos se soient faites dans un calme parfait, un paradis de la pensée où les idées s'enchaînent sans se contredire, éclairées par la raison. La réalité est que l'astrologie, comme toute autre étude, est sujette à débat entre spécialistes, tant il est vrai que rien n'évolue sans confrontation -et non affrontement- avec d'autres conceptions. Cela ne peut être accepté que si l'on comprend qu'il n'y a pas qu'un seul point de vue valable sur l'être humain. L'astrologie s'occupe de comprendre la complexité du psychisme humain, et non la complexité de la matière du cosmos dégagée de toute perception subjective. Voilà ce que nos auteurs ont bien du mal à assimiler. C'est ensuite la méthode astrologique qui consiste à référencer le psychisme humain sur l'univers environnant du sytème solaire qui heurte l'esprit scientifique, parce que sa méthode à elle repose sur la séparation absolue du sujet qui étudie et de l'objet étudié. On lira le remarquable article de Patrick Le Guen : "Place de l'astrologie, entre les sciences de l'objet et les disciplines du sujet", sur ce site, et l'on y verra les questions nuancées que pose ce sujet.

Viennent dans l'opposition à l'astrologie diverses critiques de ses bases astronomiques. Nous y retrouvons l'argument tant de fois donné de l'invalidité des signes zodiacaux. Et voici ce que l'on en dit : "La notion de signe zodiacal, qui n'a plus aucun sens en astronomie moderne, est encore plus mal employée par les astrologues, par simple ignorance des mouvements apparents des astres et de certains mouvements particuliers de l'axe de rotation terrestre. La trajectoire apparente du Soleil en un an autour de la Terre définit sur la sphère céleste un grand cercle appelé écliptique. L'écliptique coupe ainsi quatorze constellations, de tailles très inégales, sur la sphère céleste avec leurs limites de 1930, en l'occurrence les Poissons, la Baleine (qui est simplement longée par l'écliptique) etc." Curieusement, les astrologues ne retiennent que douze d'entre elles pour en faire les douze signes, tous de taille égale à 30°, de l'astrologie européenne.". Pour ceux que le langage astronomique dépasse, résumons en termes simples l'argument des auteurs : Le zodiaque prétend représenter les constellations. Or, les constellations sont inégales et sont en vérité au nombre de 14. Le zodiaque astrologique contient 12 signes de grandeurs parfaitement égales. Donc, le zodiaque utilisé par les astrologues est faux. Victoire !

Vient ensuite l'argument éculé de la précession des équinoxes : "À cause de l'un des mouvements de l'axe de rotation terrestre, appelé précession des équinoxes, les signes zodiacaux glissent lentement le long de l'écliptique dans le sens rétrograde par rapport aux constellations du zodiaque, bouclant une rotation en 25750 années. Ce lent mouvement fait que les signes zodiacaux ne correspondent plus depuis longtemps à leurs constellations associées. Par exemple, le Soleil ne se trouve pas devant la constellation du Bélier vers la fin mars, mais devant celle des Poissons, non loin de la limite avec celle du verseau.". Là aussi, résumons l'argument pour mieux le faire comprendre : Le zodiaque des astrologues, se décale constamment par rapport aux constellations, à raison de 1° tous les 72 ans (donc 360° tous les 25800 ans environ). C'est donc prouver que le zodiaque tropique des astrologues ne représente pas les constellations et les astrologues en sont d'accord. Le zodiaque représente des directions de l'espace. Il ne faut pas confondre zodiaque et constellations du même nom. Actuellement, le début du signe du Bélier, situé au point vernal, pointe la constellation des Poissons. La projection du point vernal sur les constellations recule avec le temps dans la mesure dite de 1° tous les 72 ans. On appelle ce mouvement la précession des équinoxes. Mais enfin pour la critique de l'astrologie le zodiaque ne coïncide plus avec les constellations, et c'est semble-t-il une victoire contre l'astrologie.

Nous retenons deux arguments : La division du zodiaque en 12 est accusée d'être fantaisiste par rapport au nombre des constellations et eu égard à leurs irrégularités. Puis, le mouvement de précession des équinoxes rend l'astrologie de toute façon caduque.

Dans un texte intitulé "Sur l'astrologie : réflexions de deux astronomes.", François Biraud et Philippe Zarka écrivent, à l'attention des astronomes : "Rappelons l'origine de ce problème : l'écliptique est fixe dans l'espace (sur les durées qui nous intéressent ici), mais l'axe de rotation de la Terre a un mouvement de précession de période de 25800 ans environ. L'équateur -terrestre ou céleste - est entraîné dans cette précession, comme le sont ses intersections avec l'écliptique : les équinoxes. La précession des équinoxes provient donc du choix de l'origine des longitudes. Si on avait choisi, dans l'écliptique, une origine "fixe" dans l'espace (par rapport aux étoiles), les constellations seraient restées dans leur signe au cours du temps. En revanche, les influences du Soleil et de la Lune sur la Terre (saisons, marées) se seraient progressivement décalées par rapport aux signes et à leurs constellations associées. Il était tout aussi logique de mesurer les positions par rapport à l'intersection de l'écliptique et de l'équateur. La graduation de l'écliptique en 12 signes de 30° (zodiaque tropique ou saisonnier, par opposition au zodiaque des constellations) n'est donc rien d'autre qu'un repérage dans le ciel. Grâce à ce choix, malgré la précession, le beau temps, par exemple, revient (dans l'hémisphère Nord) lorsque le Soleil "entre dans le Bélier". C'est aussi à ce moment que l'on a des grandes marées. En revanche, les constellations se déplacent par rapport aux signes : on ne peut pas tout avoir !

Notons que cette utilisation purement géométrique du zodiaque évacue d'autres problèmes parfois soulevés par les opposants de l'astrologie :

- La nature tridimensionnelle des constellations dont l'aspect résulte d'une projection sur le ciel d'étoiles situées à des distances quelconques de la Terre.

- Les longueurs très inégales des intersections des constellations zodiacales avec l'écliptique.

- L'omission du 13e signe (Ophiucus, entre le Sagittaire et le Scorpion) dans la bande du zodiaque."

De la part des astronomes, voilà qui a le mérite d'être clair, et nous rendons hommage à ceux qui veulent bien éclaircir le terrain, même pour s'opposer à l'astrologie. Spécialistes des débats avec les astrologues, François Biraud et Philippe Zarka ont choisi d'attaquer l'astrologie sans surdité excessive. On trouve même dans leur travail quelques règles comportementales à suivre pour mieux contredire les astrologues !

L'astrologie n'ignore pas la précession des équinoxes, et l'on se demande bien pourquoi nos auteurs l'accusent du contraire ! Les astronomes accusent l'astrologie à la fois d'ignorer la précession des équinoxes, et de parler d'ère d'environ 2000 ans qui leur semblent relever du délire ! Si l'astrologie parle d'ère, c'est qu'elle se réfère à la précession des équinoxes, et depuis fort longtemps, sans mélanger son zodiaque avec celui des constellations. Ptolémée déjà parlait du zodiaque sans étoile des astrologues. On ne peut que renvoyer au bon ouvrage de François Villée : Précession des équinoxes et pratique de l'astrologie pour le vérifier. Le zodiaque est un découpage régulier de l'espace en 12 "portions", indiquant des directions de l'espace dont le sens, pour les astrologues, ne dépend pas des constellations, mais d'une cohérence interne reposant sur le rapport soli-terrestre, et donc des variations de déclinaison. Le fait que le zodiaque et les constellations portent des noms identiques trompe les astronomes sur sa nature. Les astrologues n'ont pas à mettre à jour leur zodiaque tropique comme les astronomes mettent à jour les coordonnées d'ascension droite et de déclinaison des étoiles pour tenir compte de la précession et conserver des valeurs exactes. Il faut avoir étudié l'astrologie en profondeur, en tant que symbolisation de l'espace circumterrestre et des événements astronomiques qui s'y produisent, et non en tant que "fausse science astronomique" pour le savoir. Hélas, certains astronomes, constamment heurtés par la nature symbolique de l'astrologie (un symbole astrologique n'est pas un symbole mathématique), et irrités par son langage imagé, ne peuvent en approfondir paisiblement la signification, si toutefois cela les intéresse. Parler de l'astrologie comme d'une "fausse science astronomique", c'est n'avoir absolument pas saisi le sens de l'astrologie. L'astrologue n'est certes pas un astronome et ne peut prétendre à la connaissance approfondie et mathématisée de l'univers que possède l'astronome. Mais aussi, l'astrologie ne s'occupe pas de quantifier l'univers mais de le qualifier pour nous-mêmes.

La précession des équinoxes crée ce que les astrologue appellent des "ères". La projection du point vernal (conjonction entre l'équateur terrestre et le plan de l'écliptique) sur les constellations décrit un cercle rétrograde en 25800 ans environ. Si cette projection du point vernal est en Poissons, on dit en astrologie que nous sommes à l'ère des Poissons. Un jour prochain, ce sera celle du Verseau. Chaque ère dure un peu plus de 2000 ans. Les astrologues ont fait un rapport entre ces ères et l'évolution de l'humanité. Par exemple le christianisme, et en-deça dans le temps d'autres éléments fondateurs de grandes périodes historiques. Cette théorie des ères est intéressante même si nous manquons bien évidemment de recul pour mieux la définir. Nos auteurs nous expliquent que l'ère des Verseau commencera en 2614, et que les astrologues en parlent déjà comme une réalité car cela met de l'argent dans leur escarcelle, ce qui n'est point contestable à notre sens. Et si certains astrologues veulent rapprocher cette ère de la nôtre pour se donner de l'intérêt ou satisfaire une soif de changement, il ne faut point en accuser toute la communauté astrologique. Citons l'astrologue François Villée qui écrit dans son livre déjà cité : Précession des équinoxes et pratique de l'astrologie : "L'humanité entrera dans l'ère du Verseau en l'an 2715". Il y a dans l'astrologie comme ailleurs, des excès de zèle, mais il faut savoir lire ceux qui pensent bien.

Un autre des arguments contre l'astrologie est celui de la "prétendue influence des planètes sur l'être humain". S'il y a influence, disent Christian Nitschelm & Raslan Leguet, "de quel type ? Il n'est actuellement connu que quatre types de forces fondamentales : l'interaction forte, l'interaction faible, la force électromagnétique et la force de gravitation. Dans quel type de force fondamentale est-il possible de classer ces influences astrales ?". La réponse est : aucune de ces quatre forces ne permettra probablement de classer l'influence des planètes. Il n'est pas possible de classer aujourd'hui les influences planétaires dont parle l'astrologie d'un point de vue scientifique. L'emploi du terme "influence" désigne un phénomène observé par les astrologues, La notion d' "influcence" est beaucoup utilisé aujourd'hui encore du fait de l'héritage ancien de l'astrologie qui plonge ses racines dans des temps antiques. Cette notion semble inséparable de l'astrologie populaire ou ésotérique. Ce n'est pas le cas de toutes les astrologies. On postule plutôt aujourd'hui, et depuis fort longtemps, une identité structurelle entre l'homme et le système solaire. Lorsque l'astrologue dit "Mercure", il ne désigne pas seulement une planète, mais il nomme une faculté psychique évoluant selon un rythme -celui de la planète réelle- dont l'individu est porteur en vertu de son identité structurelle avec le système solaire (et non avec les constellations lointaines). Cette identité structurelle est constatée par l'astrologie mais non prouvée en termes scientifiques. Son mode de connaissance n'est pas celui de la science. Cela n'empêche pas certains astrologues de grande qualité de s'orienter vers la recherche d'un pont entre science et astrologie, et de travailler sur les effets de la gravitation dans l'hypothèse de découvrir un lien avec les effets constatés par l'astrologie. Mais cela ne change rien à la nature de l'astrologie, charpente symbolisée de la psyché humaine, étude et non "croyance" comme on peut être tenté de la qualifier quand on ne la connaît pas suffisamment.

L'astrologie s'intéresse au système solaire en tant que référentiel parce qu'il est "centré sur lui-même", parce que nous sommes partie prenante de cette structure "centrée", et que, pour autant que le soleil tourne aussi autour du centre de la galaxie, elle même embarquée dans d'autres amas galactiques, nous sommes d'abord d'appartenance solaire pour l'astrologie. Cette relation que postule l'astrologie ne semble pas aujourd'hui encore démontrable scientifiquement parlant puisque la science s'est élaborée sur le rejet des points de vue subjectifs. Faut-il la rejeter pour autant comme inopérante (base de la critique astronomique), ou faut-il élargir son point de vue sur l'être humain dans un point du vue moins exclusif ? Citons le spécialiste Yves Christiaen : L'Astrologie est un système qui prétend qu'il existe entre les choses célestes et les choses terrestres des liens que ne connaissent pas la Physique et l'Astronomie, un système qui se base sur l'analogie et qui s'exprime en symboles, de surcroît un système qui ne recherche pas tellement une explication mais plutôt une "signification". Il découle de ce que nous venons de dire que "l'argument de l'accoucheur", avancé à la fois par François Biraud et Philippe Zarka d'une part, et Christian Nitschelm & Raslan Leguet d'autre part, s'il est pertinent d'un point de vue, ne l'est pas dans un autre. Cet argument consiste à dire que l'accoucheur d'un enfant exerce plus d'attraction, donc plus "d'influence" sur le nouveau-né que n'importe quelle planète car la loi bien connue de l'attraction donnera plus d'importance à l'accoucheur ! Alléguer la physique newtonienne ne fait pas avancer la grande question que pose l'astrologie. A moins que l'accoucheur ne soit le père du bébé, quelle importance structurelle peut-il avoir sur le nouveau-né ? L'accoucheur comme le bébé sont tous deux issus de la formidable capacité de l'univers a créer notre complexité, et ne sont pas issus "fractalement" l'un de l'autre comme l'entend l'astrologie de notre naissance à l'égard de l'univers. Il ne semble pas non plus que l'accoucheur présente un rythme sidéral régulier pour l'enfant, ni qu'il soit équivalent pour lui au Soleil qui fera tout au long de sa vie ses nuits et ses jours. Nous avons là un cas typique de "déplacement" de la question astrologique par ceux qui ne l'entendent pas correctement et n'en ont pas la moindre expérience. La question en astrologie n'est pas la "masse" des planètes. Si c'était le cas, l'astrologie n'étudierait pas des points sans masse dans le thème, comme les noeuds Nord et Sud de la lune, ou comme la "part de fortune" (notion provenant de l'astrologie arabe et qui n'a rien à voir avec l'argent). À ces endroits significatifs du thème, point de planète et point d'accoucheur non plus. Les choses se présentent d'une façon plus complexe, et se comprennent à l'égard d'un système en mouvement, perçu globalement. Nous sommes dans ce mouvement, qu'on le veuille ou non.

L'astrologie est souvent attaquée comme étant porteuse d'un déterminisme rabaissant. C'est une erreur. L'astrologie est seulement porteuse d'une notion de liberté humaine au travers d'une interdépendance synchronique avec le système solaire qui nous entoure. L'idée n'est choquante que pour une époque qui voit dans la liberté une indépendance absolue, un non-lien. L'astrologie est beaucoup plus nuancée là-dessus, mais ne nie en aucun cas la notion de liberté. Bien au contraire, elle met en valeur le rôle de la conscience humaine dans les choix.

Enfin, on trouvera dans le parterre critique de nos astronomes la fleur de l'ignorance en matière d'astrologie : "Depuis l'Antiquité, la vision astrologique du monde est toujours restée figée, voire engluée, dans un géocentrisme purement aristotélicien, en totale contradiction avec la vision moderne de l'Univers. Cette simple constatation enlève toute validité scientifique et toute crédibilité à un édifice basé sur une vision cosmologique antique et médiévale complètement dépassée, qui plaçait la terre au centre d'un univers fini de petite taille, ainsi que sur une soi-disant position privilégiée de l'Homme dans le Cosmos. En effet, le Soleil, pas plus que la terre, n'occupe aucunement le centre de l'univers". (Christian Nitschelm & Raslan Leguet). L'astrologie s'intéresse à l'être humain, et le place très légitimement au centre de son univers et non de l 'univers, car elle regarde comment nous voyons et comment nous percevons. C'est assez dire que l'astrologie s'intéresse à la subjectivité d'un individu, et pour reprendre une expression de l'astrologue Rhudyar, au monde tel qu'il touche nos sens. Nous voyons tous les jours le soleil et les planètes tourner autour de nous, parce que nous sommes en situation quelque part sur terre. C'est l'étude de cette situation qui est l'objet de l'astrologie et de ses extensions. Le "thème" ne décrit pas le monde tel qu'il est objectivement mais tel qu'il est perçu. Par conséquent, la vue géocentrique est celle qui convient aux astrologues, et aucun d'eux ignore que le soleil est au centre de notre système, aucun d'eux pense que le soleil est le centre de l'univers. Les astrologues ne sortent pas d'une grotte oubliée par le temps, ils ont aussi été sur les bancs des écoles où ils ont appris tout cela. Le choix de la vision géocentrique est un choix d'optique. Ce choix géocentrique est d'ailleurs parfaitement précis du moment que le référentiel est bien déterminé. Il va de soi que qualifier l'espace autour d'un être humain n'aurait aucun sens si l'on ne partait pas du point de vue de la personne humaine. L'astrologie est la discipline qui étudie comment la première impression que nous avons du monde contribue à nous construire. Cette impression est forcément géocentrique. L'ignorer, comme le font nos deux astronomes, c'est assez montrer que l'on pourfend une étude dont on n'a pas compris la conception première.

Rien ne sert également, comme le font Nitschelm & Leguet, d'évoquer le reniement de l'astrologie par l'Eglise et ses Pères, comme une preuve du bon sens. "Le déterminisme, même astrologique, étant contraire à la notion religieuse de libre choix pour le salut de chaque individu", écrivent-ils sur le ton du prêche. Les Pères de l'Eglise ne sont pas tous anti-astrologiques. Il faudrait les lire. Nos scientifiques sont prêts à trouver caution dans tous les tiroirs, même dans ceux qui leurs ont déjà pincé les doigts ! Les mânes des astronomes brûlés sur les bûchers de l'Eglise, pour avoir soutenu que la terre tournait autour du soleil, auraient plus de raison de se faire une ennemie de l'Eglise d'antan que de l'astrologie moderne. L'Eglise a imposé ses conceptions par le feu et le sang. Le refus de l'astrologie au nom de la religion ne semble pas un argument très convaincant, d'autant plus que le christianisme regorge de symboles astrologiques ! D'ailleurs, l'Eglise ne chasse plus ni les astrologues, ni les astronomes, depuis longtemps. Alors nos polémiqueurs veulent interdire l'astrologie au nom des Droits de l'Homme ! Rappelons que ces Droits n'ont pas été écrits pour servir à une inquisition scientifique moderne. Ils ont été écrits afin de s'opposer à la barbarie, à la torture, à l'oppression injuste et cruelle dont l'homme a fait les frais tout au long de son histoire, et en particulier pendant les dernières guerres mondiales qui en ont suscité la rédaction moderne. Cela n'a donc rien à voir avec la chasse à l'astrologue. Mieux vaut évoquer les Droits de l'Homme dans la lutte contre la guerre et l'usage dévastateur de la bombe nucléaire que contre l'astrologie, d'autant plus qu'elle est censée, aux yeux de nos auteurs, n'être qu'une baliverne.

Les astrologues luttent contre les pratiques dangereuses de l'astrologie. Pour cela, ils ont créé des écoles disposant de cursus complets, et font valoir un code déontologique indispensable.

Mais enfin il reste à donner raison à nos deux astronomes sur un point qu'il veulent démontrer. L'astrologie n'est pas une "science" au sens où on l'entend aujourd'hui. C'est une "science humaine", selon nous, qui cherche à rapporter les rythmes humains aux rythmes du système solaire, ou inversement car lire l'un c'est lire l'autre. Voilà le postulat essentiel de l'astrologie. Il est vrai qu'à elle seule cette pensée empêche l'astrologie de figurer parmi les sciences humaines telles que les conçoit l'université aujourd'hui. Mais dans le sens de "savoir sur l'humain", l'astrologie est une science humaine. Certains astrologues ont abusé de l'adjectif "scientifique" afin de se redonner un crédit qu'ils perdaient avec la prééminence de la raison scientifique (enjeu de pouvoir, nous l'avons dit). Ils ont eu tort, et cet adjectif tend heureusement à disparaître des ouvrages d'astrologie moderne. Il n'y a aucune raison valable pour faire de l'astrologie une science exacte. Cela n'aurait aucun sens. Mais c'est une "science humaine" quand elle est apprise avec rigueur , et elle a droit à ce titre, même hors des universités d'où Colbert l'a bannie. Il est important de cesser de confondre l'astrologie médiatique plus ou moins (souvent plus) divinatoire, avec l'astrologie savante, comme on dit, dont le contexte philosophique d'exercice, d'application et d'apprentissage est absolument différent. Ce classement de l'astrologie dans les sciences humaines peut être sujet à débat. Alain Nègre, par exemple, professeur d'électronique à l'Université de Grenoble, et de pensée jungienne pro-astrologique, conteste ce classement (voir son livre : Entre science et astrologie, S.P.M., 1994).

Certains astrologues aujourd'hui recherchent un lien entre l'astrologie et certaines disciplines scientifiques. Leur travail est du plus grand intérêt, et sera peut-être pleinement reconnu dans l'avenir. Ces tentatives légitimes ne doivent pas être confondues avec ce qu'est l'astrologie, discipline en soi non-scientifique. En astrologie, un même symbole ne renvoie décidément pas à une unique expérience. Le symbole se dérobe s'il est enchaîné, et ne peut être atteint qu'à partir de l'expérience intime du monde, intime et pourtant partagée. La polyvalence du symbole ne signifie pas que c'est un bric à brac. Sa vraie nature est une efflorescence structurée, et non le désordre. L'astrologie structurale de Christian Duchaussoy montre que le système astrologique est cohérent. Mais sa lecture a des règles. Ces règles articulent le discours de l'astrologue.

La validité de l'astrologie ne peut être que réfutée par ceux qui travaillent sur certains niveaux de réalité, qui sont les niveaux quantifiables de la réalité. Comment pourrait-il en être autrement ? Le simple accueil d'une validité possible de l'astrologie est tout simplement innaceptable du point de vue du scientifique qui la taxera de "croyance", ainsi qu'il l'a été montré plus haut.

L'astronome doit accepter que l'interprétation astrologique ne relève pas de sa compétence. Astronomes et astrologues ne travaillent pas dans le même champ, même si l'astrologie s'appuie sur le réel astronomique. Un esprit scientifique peut croire en démontrer la fausseté avec un outil intellectuel excellent mais qui n'est pas approprié pour comprendre la vraie nature de l'astrologie. Il ne peut pas plus y parvenir qu'en traversant le désert en bateau ou la mer à dos de chameau. À chacun ses outils de pensée, faute de quoi l'on se montre plus ignorant qu'on ne le croit. L'astrologie a certainement des causes, et il est permis de s'interroger sur sa validité. L'astrologie conditionaliste, par exemple, s'interroge sur les causes physiques de l'astrologie, et cela donne un genre d'astrologie qui a son style. Mais l'astrologie finalement ne se comprend pas par la preuve. Elle se comprend surtout avec un niveau de conscience.

Didier Fleury.