Réflexions sur la liberté et les pratiques de l'astrologie.
2e partie
par Christian Duchaussoy.

 

La philosophie et l'astrologie.

Réfléchir à la liberté dans la pratique de l'astrologie conduit à se poser la question sur la manière dont fonctionne l'astrologie. Jusqu'à présent,cette réflexion, d'ordre philosophique, en est restée à celle de Platon et d'Aristote, tant il est vrai que l'émergence de la pensée scientifique (qui privilégie l'objet par rapport au sujet) a relégué l'astrologie à un statut d'amusement public indigne de la philosophie.

Ce n'est que très récemment dans l'histoire, avec Kant et Hegel, que le concept de sujet transcendant a retrouvé le statut prééminent qu'il avait à l'époque de Platon, quoique d'une autre manière. La phénoménologie (Husserl, Merleau-Ponty,...) a poursuivi ce cheminement en promouvant l'intersubjectivité et l'importance de l'être-au-monde.

 

La double naissance.

Sans vouloir philosopher, il est possible de jeter quelques idées concernant les fondements de l'astrologie. On ne peut pas comprendre cette discipline sans comprendre qu'une naissance est double : de manière simultanée et indissociable, je nais dans le monde comme le monde naît en moi. Je marque le monde de ma présence et le monde me marque de sa présence.

J'imprime le monde en provoquant une mutation dans mon environnement : je constitue mes parents comme parents, mes grands-parents comme grands-parents, etc...générant ainsi un ensemble de comportements qui se rapportent à mon existence pour eux.

A son tour, le monde me marque par une inscription sous forme de représentations internes générées par le filtre des organes sensoriels, et qui sont la trace historique de ma présence au monde.

 

L'inscription du monde.

Ce concept de représentation interne du monde est central pour l'astrologie : c'est parce que j'incorpore le monde que l'astrologie peut fonctionner. Ce concept d'incorporation du monde a été développé indépendamment par la psychanalyse (lacanienne) et par Merleau-Ponty. Cette inscription corporelle, trace de ma présence au monde, est à la fois porteuse de lien et de séparation :

•  de lien en ce sens qu'elle est la marque incontournable de mon appartenance à ce monde et à ses lois.

•  de séparation dans le sens où cette représentation est totalement subjective, unique, singulière car représentative de ma manière d'être au monde, qui dépend elle même des conditions dans le temps et dans l'espace de ma naissance.

Par sa première face (le lien) cette inscription m'intègre de manière dite " horizontale " par les linguistes, dans un ensemble de relations syntaxiques (relations d'organisation mutuelle entre soi et le monde). Cette articulation me rend dépendant de règles qui préexistent à ma présence, comme je suis dépendant de la grammaire pour arriver à me faire comprendre des autres. L'inscription prend alors forme de signe qui va conditionner le sens de ma vie. Dans cette optique on rejoint la notion de destinée (signe de la destinée).

Par sa deuxième face (la séparation) cette inscription me différentie de manière " verticale " dans un ensemble de relations métaphoriques (relations multiformes ayant un même sens). Elle est alors parole-pour-moi du monde (Astro-Logos). Il m'appartient d'en découvrir le sens, toujours à dévoiler car incarné ici et maintenant. On rejoint ici la vocation (Être appelé à).

 

L'astrologue et ses croyances.

L'astrologie est une représentation (astronomique) de cette inscription du monde en soi (donc une représentation de représentant). Elle est donc inéluctablement porteuse de ces deux faces. Selon la croyance de l'astrologue concernant la liberté, la pratique de l'astrologie soulignera soit le lien, en insistant sur le signe que représente le thème natal, soit la coupure, en insistant sur la métaphore que représente ce thème natal. Dans le premier cas l'astrologue fera valoir l'enchaînement des causes et des conséquences inscrits dans le thème qui enchaîne l'individu à sa naissance. Dans le deuxième cas il fera valoir l'importance de découvrir la multiplicité des sens inscrits dans le thème, pour se libérer d'une forme primitive de vécu et inaugurer un statut de sujet transcendantal. Et bien sûr, entre ces deux extrêmes, toutes les pratiques existent. Il n'empêche que, quelle que soit la pratique, l'astrologie est bel et bien porteuse de ces deux niveaux d'information : le destin et la liberté.

La coexistence de ces deux aspects de l'astrologie provient de la coexistence de deux formes d'inscriptions dans l'être humain. L'une n'existe pas sans l'autre. La querelle des écoles d'astrologie à propos de la liberté est alors sans fondements. Elle provient d'une méconnaissance du fonctionnement même de l'astrologie. Vouloir éliminer une des deux faces par idéologie, c'est amputer gravement cette antique discipline.

Nous avons tous des croyances, c'est l'état d'humanité qui veut cela. Que l'on choisisse sa pratique de l'astrologie en fonction de ses croyance, cela est inéluctable. C'est alors un choix, pas la vérité absolue qui s'insurge contre les hérétiques.

Il me semble qu'il est cependant nécessaire, pour intégrer l'Astrologie de manière crédible dans le courant de pensée de notre époque, de développer la deuxième face (métaphorique). Il y a du chemin à parcourir encore....